Appelée « Juhua » en chinois, la camomille de Chine n’a rien d’une simple fleur décorative. Utilisée depuis plus de trois mille ans dans la médecine traditionnelle asiatique, cette plante fait aujourd’hui l’objet d’investigations scientifiques poussées qui valident certaines de ses propriétés ancestrales tout en dévoilant des mécanismes d’action insoupçonnés.
Des composés antioxydants exceptionnels mesurés en laboratoire
Une analyse chimique publiée en 2019 portant sur dix-sept thés commerciaux de chrysanthème a révélé la richesse extraordinaire de cette plante en composés phénoliques. L’extrait aqueux chaud d’un cultivar spécifique atteignait une teneur en polyphénols totaux de 12,72 milligrammes d’équivalents d’acide gallique par gramme. Sa capacité d’absorption des radicaux oxygénés (ORAC) s’élevait à 1222,50 micromoles d’équivalents Trolox par gramme, un score remarquable pour une plante médicinale.
Les chercheurs ont identifié pour la première fois plusieurs composés jusque-là inconnus dans certaines variétés. L’analyse par spectrométrie de masse a détecté le 6,8-C,C-diglucosylapigénine et l’ériodictyol-7-O-glucoside dans le chrysanthème des neiges, ainsi que l’acétylmaréine dans les variétés HangJu, GongJu et HuaiJu. Cette composition phytochimique complexe explique largement les propriétés biologiques observées.
Une revue exhaustive publiée en 2025 dans Frontiers in Pharmacology a compilé vingt-neuf études examinant spécifiquement les effets antimicrobiens, anti-inflammatoires, antioxydants et immunomodulateurs du Chrysanthemum morifolium. Les principaux composés actifs identifiés appartiennent aux familles des flavonoïdes (lutéoline, apigénine), des acides phénoliques (acide chlorogénique) et des terpénoïdes.
Protection cardiovasculaire démontrée sur cellules humaines

Une étude taiwanaise publiée en 2010 dans le Journal of Ethnopharmacology a évalué les effets de l’extrait de camomille de Chine sur des cellules endothéliales de veine ombilicale humaine exposées au LDL oxydé, facteur majeur d’athérosclérose. Les résultats montrent que l’extrait aqueux et l’extrait éthanolique réduisent significativement l’expression de deux molécules d’adhésion cellulaire, ICAM-1 et E-sélectine, impliquées dans l’inflammation vasculaire.
Les chercheurs ont démontré que cette action protectrice s’explique par une modulation de la voie de signalisation PI3K/Akt, cruciale dans la régulation de l’inflammation endothéliale. Les flavonoïdes apigénine et lutéoline, abondants dans la plante, contribuent directement à cet effet. Cette découverte valide l’usage traditionnel de la camomille de Chine pour maintenir la santé cardiovasculaire.
Neuroprotection contre l’ischémie cérébrale
Une recherche chinoise parue en 2023 dans Brain Injury a exploré les effets neuroprotecteurs de l’extrait de Chrysanthemum morifolium dans un modèle d’AVC ischémique. Sur des neurones hippocampiques de rat soumis à une privation d’oxygène et de glucose suivie d’une réoxygénation (simulant un AVC), l’extrait a significativement amélioré la viabilité cellulaire et réduit l’apoptose.
Les mécanismes impliqués sont multiples. L’extrait diminue la génération d’espèces réactives de l’oxygène (ROS), réduit le contenu en malondialdéhyde (marqueur de peroxydation lipidique) et augmente l’activité de la superoxyde dismutase, enzyme antioxydante majeure. Plus fascinant encore, les chercheurs ont identifié que ces effets passent par l’activation de la voie Keap1/Nrf2, régulateur maître de la réponse antioxydante cellulaire.
Propriétés anti-inflammatoires validées in vitro
L’étude de 2019 sur les thés de chrysanthème a également évalué leurs propriétés anti-inflammatoires sur des cellules en culture. Tous les extraits aqueux chauds testés ont supprimé l’expression des ARN messagers de l’interleukine-6, de l’IL-1β et de la cyclooxygénase-2, trois médiateurs pro-inflammatoires majeurs induits par les lipopolysaccharides bactériens.
Une recherche combinant camomille de Chine et baie de goji publiée dans Food Research International en 2019 a démontré un effet synergique fascinant. Le mélange à parts égales (1:1) des deux plantes inactivait les voies MAPK (ERK et JNK) ainsi que NF-κB, cascades de signalisation centrales dans l’inflammation. Les scientifiques ont attribué ces effets à trois composés principaux du chrysanthème : l’acacetin-7-O-rutinoside, la lutéoline-7-O-glucoside et l’acide chlorogénique.
Protection contre la cardiotoxicité de la chimiothérapie
Une découverte japonaise publiée en 2022 dans Cancers révèle un potentiel thérapeutique inattendu. L’extrait de fleur de chrysanthème violet protège les cellules cardiaques de la toxicité induite par la doxorubicine, chimiothérapie anthracycline notoire pour ses effets secondaires cardiaques graves.
Dans des cellules cardiaques H9C2 et des cardiomyocytes primaires en culture, le prétraitement avec un milligramme par millilitre d’extrait de camomille de Chine réduit significativement la cytotoxicité et l’apoptose induites par la doxorubicine. Le test TUNEL confirme une diminution marquée de la mort cellulaire programmée. Fait crucial : cet effet protecteur s’observe uniquement sur les cellules cardiaques, pas sur les cellules cancéreuses testées (MDA-MB-231, H1299, HT29), préservant donc l’efficacité anticancéreuse du traitement.
Activité anti-glycation pour prévenir les complications diabétiques
Une étude publiée en 2023 dans Food Research International s’est penchée sur la capacité des extraits de Chrysanthemum morifolium et Chrysanthemum indicum à inhiber la glycation des protéines, processus impliqué dans les complications du diabète et la formation de cataractes. Les chercheurs ont utilisé un modèle de glycation de l’alpha-A-crystalline induite par le fructose.
Les extraits aqueux ont significativement entravé la production de produits de glycation avancée et de produits d’oxydation protéique (dityrosine, kynurénine, N’-méthylkynurénine). L’effet inhibiteur dépend de la concentration. Fait intéressant, le Chrysanthemum indicum montre un potentiel antiglycation supérieur au Chrysanthemum morifolium, suggérant des profils d’activité légèrement différents selon l’espèce.
Profil de sécurité rassurant
Une étude toxicologique menée sur des rats et publiée en 2010 dans le Journal of Food Science a évalué la sécurité de l’extrait éthanolique de Chrysanthemum morifolium. Aucune toxicité significative n’a été observée aux doses testées. Une revue de 2024 analysant la littérature de 2008 à 2022 confirme l’absence d’effets délétères suite à l’administration orale des extraits in vivo dans les études précliniques.
Les seules précautions concernent les personnes allergiques aux astéracées et l’interaction potentielle avec certains médicaments métabolisés par le cytochrome P450, bien que ce risque reste théorique et non documenté cliniquement. La médecine traditionnelle chinoise classe la camomille de Chine parmi les aliments « froids » (yin) et déconseille sa consommation excessive chez les personnes ayant une constitution froide ou des troubles digestifs.
Perspectives cliniques
Malgré l’abondance d’études précliniques encourageantes, la recherche sur la camomille de Chine souffre d’un manque d’essais cliniques rigoureux chez l’humain. La plupart des travaux restent in vitro ou sur modèles animaux. Les études cliniques existantes, majoritairement chinoises, présentent souvent des limites méthodologiques : petits échantillons, absence de randomisation ou de groupe placebo adéquat.
La standardisation des extraits pose également problème. La composition phytochimique varie considérablement selon la région de culture, la période de récolte, le cultivar et les méthodes d’extraction. Cette hétérogénéité rend difficile la comparaison des études et la détermination de dosages thérapeutiques précis.
Néanmoins, la convergence des résultats à travers des dizaines d’études indépendantes dessine un profil cohérent. La camomille de Chine possède indubitablement des propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires et cardioprotectrices mesurables. Ses mécanismes d’action passent par la modulation de voies de signalisation cellulaires bien identifiées. De quoi justifier son statut millénaire dans la pharmacopée asiatique, tout en appelant à des investigations cliniques plus rigoureuses pour définir précisément ses applications thérapeutiques.
Sources scientifiques citées :
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30827670/
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11963160/
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20079823/
- https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/02699052.2022.2158225
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30717012/
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35158951/
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37625574/
- https://japsonline.com/abstract.php?article_id=4300&sts=2
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8859431/

